
De l'app famille à Minoa : sept ans pour qu'une idée mûrisse
Comment une simple app de partage de photos familiales s'est transformée, sept ans plus tard, en Minoa : un album bébé numérique avec une timeline interactive zoomable. Retour sur une idée longtemps restée dans un tiroir.
Il y a des idées qu’on porte longtemps avant d’oser les construire vraiment. Minoa en fait partie. Je l’ai en tête depuis plus de sept ans, et c’est seulement il y a environ un an que je me suis enfin lancé sérieusement. Sa sortie est prévue pour juillet. Ce projet me passionne comme peu d’autres, parce qu’il referme une boucle ouverte il y a longtemps. Voici l’histoire de cette maturation, et pourquoi attendre n’a pas été du temps perdu.
Le point de départ (2017) : une app pour la famille
En 2017, j’ai développé un petit site interne pour gérer les photos et vidéos d’une famille. Rien de spectaculaire : un espace privé, verrouillé par un .htaccess, où seuls les deux parents déposaient leurs souvenirs (photos, vidéos) par FTP, sans les confier à un réseau social. C’était utile, mais ça restait un dépôt de fichiers, une simple galerie. L’ordre d’affichage ? Le nom des fichiers. Il fallait donc penser à préfixer chaque fichier d’un numéro pour gérer l’ordre. On y rangeait des médias, on ne les revivait pas vraiment. Et soyons honnête : le visuel n’était pas fou, mais alors pas du tout, et le côté responsive, n’en parlons pas. Ce site avait été réalisé en moins de 7 heures.
Ce projet a laissé une frustration tenace. Les souvenirs d’un enfant ne sont pas une simple galerie : ils ont une chronologie, des étapes, des premières fois. Une grille de vignettes aplatit tout ça. Il manquait la dimension qui donne du sens à l’ensemble : le temps.
Pourquoi l’idée a attendu
J’aurais pu m’y mettre dès 2018. Je ne l’ai pas fait, et avec le recul, c’était la bonne décision (même si elle n’était pas consciente).
D’abord, il y avait un écart entre l’ambition et mes compétences du moment. Passer d’un site interne et privé à un vrai produit, pensé pour être utilisé par des inconnus, ce n’est pas la même chose. Il faut une architecture qui tienne, une interface soignée, une gestion sérieuse de la vie privée. On parle de souvenirs, mais aussi de photos d’enfants, et là on ne lésine pas sur la sécurité : où seront stockés les médias ? RGPD ? Accès pour qui ? J’ai longtemps repoussé, un peu intimidé par l’idée de dépasser le projet familial pour viser quelque chose d’abouti.
Ensuite, l’outillage a énormément progressé en quelques années. Ce qui aurait demandé des semaines de développement en 2018 se met en place beaucoup plus vite aujourd’hui. Le temps gagné sur la mécanique, je peux le réinvestir là où ça compte vraiment : l’expérience, l’architecture, le design.
L’idée n’est pas restée figée pendant ces années. Elle a mûri en silence, et quand je m’y suis enfin attelé, je savais beaucoup plus précisément ce que je voulais construire : la stack technique, la sécurité, bref, l’ensemble.
Le déclic : Minoa
Minoa, c’est l’aboutissement de cette frustration de 2017. Un album bébé numérique privé, mais surtout pensé autour d’une idée simple : on ne consulte pas des souvenirs, on les parcourt.
Le cœur du produit est une timeline interactive zoomable, un peu comme une carte façon Google Maps, mais dans le temps. On peut prendre de la hauteur pour voir les grandes étapes sur plusieurs années, puis plonger mois par mois, jusqu’à la semaine. Les premières fois et les jalons ressortent visuellement ; les périodes calmes se compriment pour ne pas noyer l’essentiel. L’objectif est qu’un parent ressente le développement de son enfant, plutôt que de simplement faire défiler une liste.
Le reste découle de ce parti pris : c’est « privé par conception », et conçu dès le départ pour fonctionner en français, en anglais et en espagnol.
Sous le capot, en quelques mots
Je garderai les détails techniques pour un futur article, mais quelques points méritent d’être mentionnés.
La timeline est le morceau le plus intéressant. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, elle ne repose pas sur une bibliothèque de visualisation toute faite : elle est dessinée en SVG, à la main. Ce choix me donne un contrôle total sur le rendu, les transitions entre niveaux de zoom et le comportement des cartes, sans me plier aux contraintes d’une librairie généraliste. C’est plus de travail, mais c’est exactement ce qu’il fallait pour une interaction aussi centrale (j’ai longuement exploré cette approche face à une célèbre bibliothèque graphique : D3).
Côté stack, je suis resté sur des outils que je maîtrise et que j’apprécie : Vue 3 en Composition API et architecture Atomic Design côté front, une API Express avec Prisma sur PostgreSQL côté back. L’authentification se fait par lien magique, sans mot de passe à retenir ni à stocker. Rien d’exotique : des fondations solides au service de l’expérience.
Ce qu’un an de développement solo m’a appris
Construire Minoa seul, sur la durée, m’a surtout appris la différence entre un projet perso et un produit.
Sur un projet perso, on peut bricoler. Sur un produit qu’on espère mettre entre les mains d’autres personnes, chaque raccourci finit par se payer. J’ai donc investi dans une architecture claire et découpée par domaine côté back, pour que le code reste navigable au fil des mois. La finition de l’interface, que j’aurais bâclée plus jeune, est devenue une priorité : sur une app aussi intime, le soin visuel fait partie du fond, pas seulement de la forme. On ne va pas se mentir : je pensais la sortir en 6 mois. J’en suis au double.
L’autre apprentissage, c’est la gestion du périmètre. Seul, la vraie difficulté n’est pas de coder, c’est de décider ce qu’on ne fait pas tout de suite. Tenir une liste de fonctionnalités « plus tard » sans y toucher est un exercice de discipline permanent. L’IA m’a beaucoup aidé sur ce terrain, comme second avis et comme accélérateur, à condition de garder l’esprit critique sur ce que j’intègre, un sujet que j’ai déjà abordé dans Coder avec l’IA : mentor, béquille ou danger ?.
Et maintenant
Minoa sort en juillet, sur minoabook.app. Les personnes inscrites dès maintenant auront droit à un coupon pour un mois gratuit sur une offre payante. Minoa, c’est zéro publicité, et un accès gratuit qui restera toujours possible (la seule limite est le stockage, ce qui me coûte le plus cher : davantage de stockage et des offres payantes servent à amortir ce coût). Après sept ans d’attente et un an de construction, voir le projet prendre forme est une vraie satisfaction, de celles qui rappellent pourquoi on fait ce métier.
Je compte écrire un bilan une fois le produit lancé, avec ce qui aura marché, ce qui m’aura surpris, et les détails techniques que je n’ai fait qu’effleurer ici. En attendant, si vous avez une idée qui dort dans un tiroir depuis trop longtemps : elle n’est peut-être pas en train de se périmer. Elle est peut-être juste en train de mûrir.
Bon dév, et bisou :)
Keiro